L’entreprise qui vient

Un projet d’Ingrid Kandelman (Kraft), Philippe Hagmann (Le travail redistribué) et Daniel Kaplan, avec le réseau Université de la Pluralité

Le projet

D’octobre 2020 à janvier 2021, le projet “L’entreprise qui vient” a rassemblé six grandes entreprises (l’Agence française de développement, Axa, La Poste, Maif, Michelin, le groupe Vyv), ainsi que d’autres organisations (l’Anact, Coopérer pour entreprendre) et des personnes choisies pour leurs compétences. L’objectif était d’explorer l’avenir des entreprises dans un monde qui change et sujet à des crises conjuguées et répétées. Le parti-pris consistait à combiner des éléments prospectifs “classiques”, et le recours à l’imagination et la fiction.

Résultats

L’ambition du projet

La crise sanitaire en cours et la période de confinement qui s’achève ont produit un effet de sidération chez chacune et chacun d’entre nous, ainsi que dans les institutions et les entreprises.

Appelés à la responsabilité, les citoyens s’en sont globalement montrés dignes. Ils ont fait l’expérience, tant de nouvelles contraintes que de nouvelles marges de manœuvre. Comme leurs employeurs et institutions publiques, ils ont largement improvisé et inventé au fur et à mesure des réponses pragmatiques à cette situation inédite. Ils accepteront avec difficulté qu’on les prive de cette autonomie et qu’on ne les associe pas, dans l’avenir, aux décisions qui les concernent.

La crise a mis en lumière les « invisibles », les emplois de l’ombre socialement indispensables et au statut souvent précaire. Elle a souligné voire amplifié les inégalités sociales vis-à-vis de la santé, du numérique, du logement… Elle a provoqué des glissements de comportements (vis-à-vis du télétravail par exemple), des tensions dans les organisations, l’émergence de valeurs (care, coopération…), qui pourraient produire des effets durables.

La crise a également fait surgir la question de l’interdépendance : entre les entreprises à l’échelle mondiale ; entre les question sanitaires, économiques, écologiques, etc. ; entre public et privé, individuel et collectif, etc. Enfin, ses conséquences soulignent l’urgence pour les entreprises d’analyser les facteurs qui peuvent contribuer à leur empêchement d’agir et d’entreprendre aujourd’hui et demain.

Pour les entreprises, il serait fou de redémarrer comme si de rien n’était. D’abord parce que les effets économiques de cette crise se feront encore sentir pendant longtemps. Mais surtout parce que, selon toute probabilité, cette crise n’est qu’une « répétition générale », la première (et encore) d’une série de crises financières, écologiques et sanitaires qui sont vraisemblablement appelées à se multiplier et se conjuguer, produisant une forme de « nouvelle normalité » que l’on peut aborder comme une série de catastrophes, ou bien comme l’occasion d’une métamorphose.

Les entreprises sont cette fois en « première ligne » : elles doivent s’interroger sur les conditions de leur durabilité et sur le sens de leur activité : Comment vivre « avec » les crises et l’incertitude ? Que faut-il désormais anticiper, comment et avec qui ? Qu’est-ce qui ne devrait pas redémarrer comme avant et que faire à la place ?…

Ces questions concernent toutes les dimensions des entreprises : mission, activités, modèle économique, organisation, management, gouvernance… Et comme les crises touchent tout le monde sans respecter la moindre frontière, elles ne peuvent trouver de réponse que dans un dialogue et la recherche de nouveaux compromis, avec les salariés bien sûr, mais aussi toutes les « parties prenantes ».

La démarche

La démarche collective s’est organisée au travers de quatre ateliers :

  • Le premier atelier a permis d’identifier les forces de changement et les tensions qui influent sur les transformations en cours et à venir des entreprises. Il a également permis aux participant·es de partager des références artistiques et fictionnelles qui leur paraissaient parlantes sur l’avenir des entreprises ;
  • Lors des ateliers 2 et 3, les participant·es ont imaginé trois entreprises fictionnelles du futur, avec l’aide de trois écrivaines : Sophie Coiffier, Catherine Dufour et Ketty Steward ;
  • L’atelier 4 a permis d’identifier les principales pistes de réflexion issues de la production fictionnelle, et de revenir sur les apports de la démarche, pour les personnes comme pour les organisations.